Vous trouverez ci-dessous un résumé d’un voyage de chasse à Anticosti/Galiote (26-31 octobre 2014).
Après plusieurs mois d’attente, 360 jours depuis notre départ de l’Île en octobre 2013, voici enfin arrivé la journée du retour. Cette année, nouveauté, c’est un départ de Mirabel, comparativement à Dorval pour les 5 années précédentes. Tout s’est bien passé, et l’endroit où l’on peut prendre le déjeuner est vraiment très bien (et pas cher). Tout le monde avait entendu dire que cette année était plus difficile, et les prochains jours allaient le confirmer.
Le départ s’est fait à l’heure de Mirabel, l’anticipation est à son comble. Un arrêt prévu à Québec pour embarquer le reste des chasseurs et bingo, on sera à l’île vers 10h30.
Rendu à Québec, on nous annonce que l’on doit débarquer car la météo n’est pas favorable à Port-Menier. Un peu découragé, mais comme ça arrive de temps en temps, on se dit que ça n’est pas si catastrophique. Après une attente qui nous a paru interminable, on nous annonce qu’il faut embarquer pour se diriger vers Mont-Joli. Oups … ça se complique un peu plus et le doute commence à s’installer. Après un vol sans problème, on arrive à destination. Il fait relativement beau à Mont-Joli. On espère partir bientôt vers Anticosti. Encore environ 2 heures d’attente et la grogne commence à monter. Il y avait aussi les groupes au départ de Mont-Joli à transporter vers l’Île. Vers 15h00, on se disait … notre chien est mort … mais surprise, on nous indique qu’il y a une ouverture à Port-Menier et on va décoller immédiatement pour tenter un atterrissage.
En direction d’Anticosti, on peut voir quelques ouvertures dans la couche nuageuse. On est encouragé et fébrile à l’idée de pouvoir enfin atterrir à l’Île. On approche … les moteurs ralentissent … l’avion commence à perdre de l’altitude. Un long et lent virage à droite. On s’aligne sur la piste. C’est l’approche finale. Mais on ne voit toujours rien, on est dans la ouate. Puis le pilote remet les gaz et on repart vers Mont-Joli. C’est la déception. On apprendra plus tard que le pilote avait tenté un atterrissage, descendu jusqu’à 450 pieds, les lumières de piste ouverte, et il n’avait rien vu. La sécurité d’abord…
On doit donc se résigner à coucher à Mont-Joli, et le départ sera tenté le lendemain. Même genre de scénario le lendemain matin, météo incertaine à l’Île. On réussit tout de même à se rendre à Port-Menier en matinée, soulagés de savoir qu’on ne perdra pas toute notre journée de chasse. On ramasse une enveloppe avec nos permis (qui avait été préparée à l’avance par la SEPAQ), on fait l’épicerie en vitesse, et on file vers le camp. Deux heures de route devant nous et seulement quelques chevreuils vus en bordure de route. Notre guide confirme que la saison de chasse 2014 est TRÈS DIFFICILE et que peu de groupes ont complétés leurs tableaux depuis septembre.
Enfin arrivés au camp. On rentre les bagages, on se change, et se dirige au champ de tir. Tout est beau … On est fin prêts pour la chasse. Il est 12h30 et on a quelques heures devant nous.
Après-midi de la journée 1 (secteur #2). La température est fraîche, couvert nuageux bas, un peu de bruine, vent léger. Avec un sol humide, nous avons des conditions favorables pour la chasse fine. À la fin de la journée, le groupe a récolté une femelle. Peu de chevreuils vus, mais tout de même une belle opportunité sur un 6 pointes qui n’a pas « fini dans le pendoir ». Cette première demi-journée confirme définitivement que la chasse sera plus difficile cette année.
Journée 2 (secteur #3). La température est un peu plus froide (mais pas sous zéro), du soleil, et les vents sont plus soutenus. Pour ceux qui connaissent Galiote, le secteur 3 est celui qui est près de la mer. C’est un excellent secteur lorsque la neige s’accumule au sol et que les chevreuils sont en migration vers les bords de mer pour manger dans les bancs de varechs. Mais en octobre, c’est un secteur plus difficile, et on ne souhaite pas nécessairement l’avoir 2 fois en 4 jours de chasse. Il faut savoir que l’attribution des secteurs par jour et par camp se fait via un tirage au sort en début d’année. Par la suite, c’est une rotation en continue (jour/camp/secteur). À la fin de cette journée, on constate que le nombre de chevreuil vu par chasseur (que l’on peut récolter) est beaucoup plus faible que les dernières années. Il y a plus de femelles, pas du tout de Spike, et peu de mâles matures. On a aussi vu des carcasses dans les bois. Notre groupe a terminé la journée avec 2 femelles. J’ai sécurisé ma chasse avec une des 2 femelles. Pas vu de Buck. Chose à noter, les chevreuils récoltés sont plus gros qu’à l’habitude et la couche de gras est épaisse. La nourriture est abondante.
Journée 3 (secteur #1). Un secteur où notre groupe fait habituellement de belles chasses en octobre. La température est fraîche, couvert nuageux très bas, il y a eu de la pluie toute la journée avec de fortes averses à la mi-journée, et les vents sont léger. C’est dans ce secteur que, depuis 5 ans, j’ai le plus haut taux de succès pour les mâles matures. Cette année sera un peu similaire. Avec la pluie, il est facile de marcher furtivement, sans bruit, hors des sentiers. Le sol est gorgé d’eau et les petites branches très humides ne craquent pas sous nos pieds. Ce qui rend le déplacement quasi inaudible.
Au courant de l’avant midi j’ai pu surprendre (à l’arrêt) quelques femelles à moins de 30 verges. Patience, et tu seras récompensé je me disais. En milieu d’après-midi, finalement, j’ai eu ma chance. Il s’est levé, devant moi, environ à 20 verges, sans m’avoir vu ou entendu. S’est secoué, comme un chien qui sort de l’eau. C’était magnifique à voir. Il n’avait aucune idée de ma présence. J’ai pris le temps d’enlever les capuchons qui couvraient mon télescope. Puis je me suis appuyé délicatement sur une autre branche sans faire de bruit. Visé le haut de la patte avant avec la croix du télescope, et fait feu. Là, je l’ai vu partir, toujours l’œil dans le télescope, mais sans avoir eu l’impression de l’avoir touché. Pas de « kick » des pattes arrière. Pas de saut avec le dos cambré. Il a décollé comme le fait un coureur au départ d’un 100 mètres. Je me suis dirigé très lentement, sans bruit, où il était quand j’ai fait feu. J’espérais bien l’apercevoir au sol un peu plus loin. Rien. Je voyais bien les empreintes de ses sabots creusés dans le sol, pas de sang, pas de poils, rien. J’ai posé mon sac à dos puis j’ai accroché un grand ruban orange entre deux arbres pour le voir de très loin. J’ai attendu 15 minutes et je me suis mis à quadriller minutieusement le périmètre. Je voyais bien les empreintes de ses sabots (les sauts) pour les premiers 30-40 premiers mètres mais elles se perdaient par la suite. Toujours pas de sang, ni de poils. J’ai dû abdiquer les recherches après une heure voyant bien que cela ne menait à rien. Mes sentiments étaient mitigés. J’avais le profond regret de ne pas l’avoir retrouvé, mais l’espérance de ne pas l’avoir touché.
Le reste de la journée allait être tout aussi intéressant. J’ai surpris quelques autres femelles à l’approche. J’ai décidé de tenter une expérience avec l’une d’entre elles. Lorsqu’elle m’a finalement aperçu, j’étais à environ 20 verges. Le vent m’était favorable, donc elle ne pouvait me sentir ni m’entendre. Elle me regardait sans bouger, les oreilles en alerte, droit devant. J’ai fait la même chose, ne pas bouger. Mon but était de déterminer si (et quand) elle allait baisser la garde ou partir en me soufflant. Il s’est écoulé plusieurs minutes à ce petit jeu de patience. Elle a finalement commencé à bouger les oreilles, puis la tête, et finalement s’est remis à brouter doucement. J’ai eu le temps de compter 5 fois jusqu’à 60. Un peu plus loin, même situation avec une autre femelle. Cette fois, j’ai décidé de lui envoyer la main et voir quelle serait sa réaction. Elle n’a pas bronché d’un poil. Mais quand j’ai fait un pas en avant. Elle m’a soufflé et est partie au saut.
J’ai souvenir d’avoir lu dans le livre de Louis Gagnon que le chevreuil avait 3 « signaux » d’alertes. La vue, l’odorat, et l’ouïe. Je voulais vérifier dans quelle mesure ces signaux pouvaient faire « décoller » un chevreuil. Apparemment, selon ce que j’ai pu voir, un seul drapeau ne suffit pas. Mais il n’y a rien de scientifique dans mon observation. Et je n’ai pas non plus essayé avec des mâles matures
Dans la dernière heure de chasse j’ai pu voir la force et la vigueur que peut avoir un chevreuil. Même technique de chasse fine, très lentement et sans bruit. Soudainement, au détour d’une épinette, un chevreuil apparaît dans mon champ de vision. Mes lunettes sont embuées et je ne réussis pas à bien voir s’il y a des cornes. Il regarde dans ma direction. Je suis accroupi au sol. J’enlève doucement les capuchons de mon télescope et je vise le cou de l’animal. Je suis environ à 35 verges. Dans le télescope, je peux voir qu’il a des cornes à la largeur des oreilles. Le coup détonne et je vois le chevreuil décoller comme une fusée. Tous les chevreuils que j’ai vu se comporter de la sorte après le coup de feu étaient morts en dedans de 50 verges. Mais cette fois-ci une surprise m’attendait. Quand je suis arrivé à l’endroit où se tenait le Buck, il y avait des traces de sabots bien imprégnées dans le sol, mais pas de sang ni de poils. Pas possible, pas une seconde fois. Après quelques secondes de respiration « zen », je sens une odeur de « pence » et j’aperçois devant moi une petite couche de liquide vert avec un peu de sang et un morceau de gras. Mais où ais-je bien pu toucher le chevreuil. Impossible d’avoir fait un tir de pence car il était de face et je visais le cou. J’ai suivi les gouttes de sang et les petits morceaux de gras que je voyais par terre. Et à 25 verges j’aperçois l’estomac et les intestins par terre. Toujours pas de chevreuil. J’ai continué à suivre les traces de sangs et les morceaux de gras sur une distance de 65 verges et je l’ai trouvé. Il avait le bas du poitrail déchiqueté. J’avais touché plus bas que je l’avais imaginé. Certainement une anticipation du recul au coup de feu. Une erreur à corriger.
À la fin de la journée #3, le groupe avait récolté deux femelles et 2 bucks de 4 pointes. Trois chasseurs sur cinq avaient terminés leur chasse.
Journée 4 (secteur #2 pour une deuxième fois du séjour, la dernière journée de chasse). La température est fraîche, du beau soleil, avec de très forts vents. C’était l’heure de la dernière chance pour nos deux compagnons. On avait noté que les glandes tarsiennes des femelles et des mâles que l’on avait récoltés sentaient fort. Et on avait aussi été informé par le camp voisin que les mâles matures répondaient bien au grunt. Ils avaient fait rentrer et récolté un beau gros 7 à l’appel. L’histoire de cette journée est simple, une femelle pour l’un de nos deux confrères, et deux 8 pointes pour le second. Les deux bucks furent récoltés à une heure d’intervalle en début de journée, sur le grunt. Inutile de vous dire qu’il était tout fier et souriant lorsqu’on est allé voir le résultat de leur chasse.
Le lendemain, journée du départ, avec un ciel magnifique sans problème de météo pour quitter ou rentrer à l’Île.
En conclusion, cette année, et c’est encore plus vrai qu’à l’habitude, il fallait rentrer dans le bois. Sortir des sentiers. Ça été bon pour nous, et ça devrait être bon pour vous aussi, jusqu’à ce que la neige arrive. Là, ça sera une autre histoire, avec des stratégies différentes.
Bonne chasse à toutes et tous.
Et surtout, soyez prudents.