La plus belle chasse de ma vie! Ayant été opérée pour un cancer du sein dix jours avant l’ouverture, mes chances de chasser cette année me semblaient assez réduites. Comme je ne peux pas grimper à l’échelle, pour me permettre d’aller quand même m’asseoir et regarder les chevreuils, mon conjoint m’a fabriqué une petite cache temporaire à terre, à côté de celle en hauteur que j’utilise habituellement. Le 29 octobre, je retourne à l’hôpital faire enlever mes points et rencontrer mon chirurgien. J’en profite pour lui demander si je peux aller chasser en utilisant un calibre 243 qui ne repousse pratiquement pas. Il me répond de faire ce que je me sens capable de faire. Aussitôt sortie de l’hôpital, je dis à mon conjoint : on va acheter mon permis. Le jour de l’ouverture, je ne chasse pas le matin. L’après-midi, je m’installe dans la petite cache et ma petite-fille qui tenait à m’accompagner va dans celle en hauteur. Devant ma cache, je réalise qu’un sapin me cache pratiquement la vue sur les pommes. Tout-à-coup, ma petite fille me dit par radio-émetteur: Mamie, il y a une femelle aux pommes, la vois-tu? -Moi : je lui vois la tête mais le reste du corps est derrière le sapin. Elle : oh! Il y a un buck dans le bord du bois, le vois-tu? Moi : non, ou est-il? Elle : juste derrière la femelle, il reste dans le bois. Moi : je ne le vois pas. Elle: oups, il avance… non, il recule. Attention, il regarde dans ta direction, ne bouge pas. Moi : calme-toi, si je ne le vois pas, il ne me voit probablement pas lui non plus. Elle : il avance…il arrête…il retourne dans le bois, c’est un gros, 6 ou 8 pointes, je pense. Moi : je ne le vois toujours pas. Ça se poursuit comme ça pendant environ 10 minutes, avance, retourne; ma nièce dans une autre cache dira ensuite qu’elle avait l’impression de suivre la description d’une partie de hockey à la radio. A 17 heures 05, j’entends un coup de feu pas loin puis, un message d’un ami qui chasse plus loin disant qu’il vient de tirer un 8 pointes. Quelques minutes après, ma petite fille me dit : la femelle avance. Je me dis que si elle entre dans le bois, il va suivre et j’ai environ 3 secondes de vision du sapin au bois. Je place ma carabine sur le bord de la fenêtre, j’enlève le cran de sécurité et je regarde la femelle. Elle part des pommes et entre dans le bois où je pensais. Elle : Mamie, le buck avance, il est gros. Le vois-tu? Je ne réponds plus, j’ai l’œil dans mon télescope et je lui dis : "St t’es beau, t’es mort » Je le vois apparaître et en effet, il est beau. Deux pas et pow à 17 heures 10 son cas est réglé! Il lève les pattes avant, retombe et entre dans le bois. Ma petite fille crie dans son radio-émetteur. Notre ami qui vient de tuer dit qu’il a déjà trouvé le sien et qu’il vient nous aider à la recherche. Mon conjoint vient lui aussi. Finalement, tout notre groupe est là et nous le trouvons environ 150 pieds plus loin. J’ai dit à ma petite-fille : « Ce n’est pas mon buck; c’est le nôtre! Sans toi, je ne l’aurais pas eu. » Je crois qu’elle a eu la piqure, elle parle de suivre le cours. Ça a été un beau travail d’équipe pour une initiation. Nous pensions que c’était un 6 pointes mais une fois au camp, nous mesurons les pointes et il n’y en a que 4 de légales mais il pèse 185 livres éviscéré. Celui de notre ami a 8 pointes et pèse 150 livres vide. De toutes mes chasses, je dois dire que c’est celle qui m’a procuré le plus d’émotions. Je me dis que je penserai à ça durant mes traitements de radiothérapie qui commenceront bientôt et que je retournerai dans ma cache en hauteur avec ma petite-fille l’an prochain.
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