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Voici ma lettre d'opinion:
Il y en a qui trouverons que je suis illuminé mais je m'en (ce mot aussi c'est pas accepté ici)...
La fermeture de la chasse au chevreuil : une opportunité! L’annonce d’une fermeture possible de la chasse au chevreuil dans la zone 2 Est nous porte à une nécessaire réflexion sur la situation de l’espèce dans notre région et à poser un regard sur le mode de gestion actuel. Fait-on les choses correctement? Mis à part nos hivers souvent difficiles pour le chevreuil, qu’est-ce qui affecte la productivité du cheptel?
On ne pourra jamais empêcher l’hiver d’être trop difficile. L’aménagement forestier dans les ravages se fait en priorité pour fournir ce dont le chevreuil a besoin et ça fonctionne plutôt bien. En autant que la tordeuse ne vienne pas tout détruire (le MFFP devrait inclure les ravages de cerf dans les priorités d’arrosage au Btk). Alors on fait quoi pour améliorer la situation? Peut-être faut-il gérer le cheptel autrement? Beaucoup de chasseurs observent depuis plusieurs années des faons très petits en septembre et plus tard à l’automne. Ces veaux trop petits ont très peu de chances de passer à travers leur premier hiver. Dans ces conditions, une population de chevreuil ne peut pas augmenter ou réagir rapidement suite à une baisse d’effectif.
Une femelle n’est réceptive que quelques heures, tout au plus quelques jours. Si elle n’est pas accouplée à la première occasion, elle redevient réceptive quelques semaines plus tard. Les faons issus d’une fécondation tardive naîtront plus tard que les autres et auront moins de temps pour atteindre une taille et une masse corporelle suffisante pour survivre à leur premier hiver. Le taux de mortalité de ces faons sera par conséquent important.
Il devient de plus en plus évident qu’il n’y a pas suffisamment de mâles actifs au moment du rut ce qui mène à l’accouplement tardif d’une part grandissante de femelles. La plupart des chasseurs en viennent aussi à cette conclusion à la lumière de leurs observations sur le terrain et à l’aide de caméras de surveillance. Les chasseurs remarquent aussi la quasi-absence de signe de marquage territorial que font les mâles (grattés et frottés). Cela indique soit une absence de mâle, soit qu’il n’y en a pas suffisamment pour qu’ils ressentent le besoin d’exprimer leur dominance.
La fermeture de la chasse contribuera à augmenter le nombre de mâles et pourra en partie atténuer ce problème. Mais est-ce que ce sera suffisant? Et lorsque la chasse rouvrira, combien de temps cela prendra pour revenir à une quantité de mâles insuffisante? Il serait peut-être temps de penser à augmenter la proportion de mâles de manière durable.
Pourquoi ne pas protéger les jeunes mâles (spikes)? Il y a un projet pilote en ce sens en préparation dans le sud du Québec et qui sera appliqué sur deux zones de chasse à partir de 2017. Pourquoi la zone 2 Est ne pourrait-elle pas être ajoutée à ce projet pilote comme zone témoins en conditions difficiles?
Puisque les chasseurs seront par la force des choses amenés à se limiter durant quelques années par la fermeture de la chasse, pourquoi ne pas en profiter pour apporter un changement réglementaire autrement difficile à implanter si elle demeurait ouverte? La mesure suggérée au projet pilote est de permettre la récolte des mâles dès qu'ils ont au moins 3 pointes d'un côté (les 5 pointes et plus). Lors de la réouverture de la chasse, le nombre de mâles qui auront dépassé le nombre de pointes minimales sera suffisamment grand pour atténuer l’impact sur les chasseurs. C’est pourquoi il faut profiter de cette fermeture possible pour bien évaluer la possibilité de protéger les spikes dès que la chasse rouvrira.
La protection des jeunes mâles leur permet de prendre une année d’expérience supplémentaire avant d’être soumis à la chasse et une part de ceux-ci survivra à leur première chasse. Ces jeunes cerfs survivants augmenteront le nombre de mâles participant à la reproduction, et ainsi de suite année après année, ce qui atténuera avec le temps la problématique de l’accouplement tardif. Il est donc logique de penser que les faons naîtront en plus grand nombre au bon moment au printemps et qu’ils seront mieux préparés à affronter leur premier hiver. Avec la survie d’une plus grande part de ses juvéniles, la population ne peut que mieux se porter et s’accroître.
Dans une zone comme la nôtre où les hivers sont difficiles, la capacité de la population de cerf de réagir rapidement suite à une forte mortalité est essentielle. La protection des jeunes mâles agirait sur une variable biologique importante et sur laquelle nous n’avons que bien peu d’emprise jusqu’à maintenant, soit la naissance hâtive des faons, laissant le temps nécessaire à leur préparation à l’hiver.
Pour plusieurs, cette réflexion semblera peut-être relever de la fabulation. Mais des recherches scientifiques, entre autres réalisées aux États-Unis, font un lien direct entre le moment de la naissance des faons et leur survie à leur premier grand test hivernal (lié au temps nécessaire à accumuler la masse requise). Des observations crédibles et répétées indiquent qu’un problème de fécondation tardive semble être présent au Québec et particulièrement dans nos secteurs. Les avantages d’une population au ratio des sexes mieux équilibré ne sont plus à prouver. Enfin, un mouvement parmi les chasseurs se dessine pour exiger des changements au mode de gestion basé sur la Loi du mâle. Ce mode de gestion a du bon car il protège le segment responsable de la productivité du cheptel tant qu’il n’atteint pas un certain niveau de population. On agit sur ce segment (les femelles) en donnant ou non la possibilité d’en prélever par la chasse. Toutefois, on peut également se donner un outil pour agir sur le segment des mâles en suscitant leur présence en proportion suffisante dans la population, par la protection des spikes. C’est la possibilité qu’offre la fermeture possible de la chasse dans la zone 2 Est en intégrant ce changement important sans que les chasseur ne subisse de contrecoup majeur lié à la baisse de récolte observée ailleurs durant les 2 à 3 premières années suite à l’implantation de cette mesure.
On peut donc voir la possible fermeture de la chasse comme une opportunité. Je ne m’attends pas à ce que cette suggestion soit reçue avec enthousiasme, spécialement par le MFFP. Les changements réglementaires sont lents à apporter, les gestionnaires sont souvent frileux à révolutionner les manières de faire et le plan de gestion actuel est très implanté dans les mœurs de tous. La résistance des autorités du MFFP à Québec peut aussi compliquer la vie de nos gestionnaires régionaux qui reçoivent des « directives ». Je m’attends à ce qu’on invoque toute sorte de raisons pour ne rien faire.
Pourtant, les gestionnaires ont été visionnaires lors de l’implantation du principe de l’alternance dans la gestion de l’orignal dans les années. À la suite de quelques réticences normales des chasseurs, plus aucun ne veut revenir en arrière. Qu'est-ce qu'on attend pour être aussi visionnaire dans la gestion du cerf?! Partout au Québec on entend que la chasse au chevreuil perd de son attrait. Ce mode de gestion gagne en popularité au sein des chasseurs, devant les avantages évidents que la population de cerf en retire. Avantages qui sont encore plus important dans une population de cerf nordique comme la nôtre. Même les gestionnaires à Québec commencent à dire que ça marquera l’avenir de la chasse. Qu’attendons-nous?
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